C. V.

Marc Tamisier est né en 1960 à Aix-en-Provence. Adolescent il découvre des photographies de Jeanloup Sieff et Bill Brandt dans un lot de revues soldé. Il essaie d’en parler autour de lui, mais son entourage n’est pas porté sur l’image. Des photographies venues de la vallée de la mort, on ne retient que le sinistre titre que l’on repousse comme si les images impliquaient un goût morbide ; des noirs profonds des photos de Bill Brandt on ne retient que le message politique, en regrettant qu’il n’ait pas pris la forme d’un slogan. Bref, l’adolescent voit des photographies là où l’on voit des choses photographiées avec des mots pour les dire, trop ou pas assez.

Jeune adulte, Marc Tamisier devient instituteur avec fierté. Dans le quartier de Saint-Mauront à Marseille, il coordonne des écoles de zone d’éducation prioritaire pour que les enfants aient le droit de vivre la république. Il s’essaie aussi à la photographie argentique, mais, doté d’une maladresse exceptionnelle, il doit abandonner après avoir trempé ses fesses dans le révélateur.

C’est l’époque où naissent les grandes ambitions européennes pour Marseille, avec son lot de spéculations urbaines qui laisseront pour compte les plus démunis, qui les dégouteront de la république. Marc Tamisier abandonne alors l’école pour le lycée et devient professeur de philosophie. Pour des raisons familiales, il s’installe à Poitiers, où il vit toujours.

Après quelques années d’enseignement et quelques enfants aussi, sa réflexion sur les rapports du texte et de la photographie le conduisent à engager une thèse à l’université Paris 8 sous la direction du Professeur François Soulages. Pendant quelques années, il écrit des livres et des articles, organise des colloques et participe à d’autres, tantôt en France, souvent à l’étranger.

Une fois obtenue sa thèse à propos de la photographie contemporaine, les chemins universitaires étant impraticables pour un émigré provincial même pas agrégé, il accepte une mission d’édition au sein de l’éducation nationale. Là il publie des livres, des DVD, des sites Internet, rencontre beaucoup de monde, mais ne comprend pas que son travail ne vaut pas davantage qu’un mouchoir jetable et qu’il n’est lui-même rien de plus qu’une ressource à peine humaine. Il tient autant qu’il peut, parce qu’il sait très bien que personne ne continuera son travail s’il l’abandonne, mais il finit par exploser dans une sorte de burn in qui le laisse sur le carreau pendant plusieurs années.

C’est grâce à ses proches et à la photographie qu’il a pu revenir parmi les vivants, même s’il ne peut toujours pas résister à l’agressivité et au mépris. La photographie est maintenant sa pratique contre, tout contre, l’écriture.

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