Flowers and Power

La faiblesse des fleurs et Power, n’étaient pas destinés à se trouver réunis ici, mais, finalement leur sens photographique porte une même condamnation du pouvoir quelle que que soit sa forme de domination.

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Depuis longtemps, la forme des fleurs est vantée alors que leur matière paraît si faible. Ce n’est là, d’ailleurs, semble-t-il, qu’une application légitime d’un principe bien plus général : celui de la supériorité de la forme. Car, que serait une fleur sans forme ? Nous ne pouvons le concevoir et, par conséquent, nous considérons que la matière des fleurs ne serait rien sans un pouvoir supérieur qui lui donne une jolie forme de fleur. Et c’est bien cette force que nous voyons revenir chaque année faire éclore les bourgeons et c’est elle encore que devraient recopier les peintres, les sculpteurs ou les photographes. Du moins pouvons-nous le croire, puisque nous ne comprenons pas comment il pourrait en être autrement.

Avec La faiblesse des fleurs, je veux travailler les matières des fleurs, tester leur résistance, que l’on peut aussi appeler leur plasticité. Il s’agit de fondre leur texture dans d’autres, réputées bien moins fragiles, telles que l’or, la fonte ou le cuir, ou plus communes, telle que la lumière, jusqu’à ce que leur singularité joue de concert. Je teste l’hypothèse selon laquelle ces matières se transforment sans se perdre. Et finalement, la faiblesse des fleurs devient encre et papier pour poursuivre dans une plastique partagée le dialogue que les fichiers numériques ont initié.

Car, enfin, et c’est peut-être là le principal, le plaisir est toujours immense de voir la matière des fleurs dopée par la lumière du studio renaître sur le papier souple et délicat qui sort de l’imprimante.

 

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Power s’intitulait initialement DHR Power et était dédié

à tous ceux qui ont été mis au placard après des années de travail ;

à tous ceux dont le chef de service change les fonctions sans concertation ;

à tous ceux dont le supérieur est entré un jour dans le bureau en criant « Je vais te tuer ! », ou savait leur donner les avis et les ordres problématiques à l’oral seulement et sans témoins ;

à tous ceux dont le directeur a dit qu’ils étaient incapables de changer lorsqu’il ne voulait plus s’en servir ;

à tous ceux pour qui le mot « expérimenté » signifie hors d’usage, qui ne peuvent plus être les acteurs de leur vie et deviennent des charges pour la société ;

à tous ceux auxquels un conseiller a expliqué froidement que la « courbe de deuil » conduit à la rémission, comme si, pourqu’il y ait un deuil, il ne fallait pas qu’il y ait un mort ;

à tous ceux qui ont peur au travail, qui ont été ou sont aujourd’hui des ressources et non des hommes.

 

Mais avec le temps DRH Power devient nécessairement Power, dédié à tous ceux que les dominations brisent et humilient.

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